Pour Maria

Elle a une tête d’épingle, c’est une créature introuvable.

Cherchez là donc dans une meule de foin comme moi

je l’ai fait. Le grand vent dispersait par tous les chemins

toutes les meules. Le terre entière était couverte de

paille. Alors, je me suis couché et j’ai pleuré. Cherchez-

la bien et si vous la trouvez, rapportez-la moi.

Or voilà un jour d’hiver. On me prévint

qu’elle était là. Oui, en effet, mais elle avait si froid.

Gelée, les cheveux tout droits. Elle était si raide que

ses pieds heurtaient le mur quand je la montai dans

ma chambre par l’escalier qui tourne. Aussitôt, j’ai

allumé le feu mais un feu trop fort. La moitié

a brûlé et l’autre a fondu. Si vous la retrouvez,

rapportez-la moi. Neige ou flamme.

 

Mon désespoir fut tel qu’il me courba et si bien que

les gens me crurent bossu. En ce triste état, le

Printemps me trouva. L’avez-vous vue?

Questionnai-je autour de moi. On riait. Je changeai de

ville, puis encore de ville, puis encore. J’arrivai au

bord de la mer. On riait toujours. Mais elle est

sur ton dos. -Ah, ce n’est pas vrai. Je me retournai

dressant ma haute taille. Elle n’était plus là si

tant était qu’elle fut. Si vous la voyez dites-le

moi. Je vais traverser la mer« .

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Elle chantait à voix si aigüe que seul je l’entendais.

C’est beau le noir en moi-même. Ainsi se passèrent l’été

et les chaudes années. Et c’était bien. Partout où j’allais,

elle chantait. Je n’étais pas mort, croyez-le, seulement je dormais

comme X Y Z.

 

Marcel Broodthaers